Pour un sommeil de plomb…

Chez les Grecs, le dieu Morphée plongeait les hommes dans le sommeil en les touchant avec un bouquet de pavots somnifères.

 

L'Escholtzia

Si l'on tombe dans les bras de Morphée grâce au Papaver somniferum, ce dernier souffre d'une réputation sulfureuse car on en extrait l'opium et ses dérivés morphiniques. Rien de tel pour le pavot de Californie (Escholtzia californica) issu de la même famille des papavaracées, qui, lui, ne provoque aucune accoutumance. Néanmoins, l'Escholtzia contient des alcaloïdes, qui apaisent les anxieux et aident à trouver le sommeil et à le garder toute la nuit. Son action est dose-dépendante : à faible dose dans la journée, il efface le stress journalier et influera positivement sur la qualité du sommeil. À dose plus forte, son action sédative se démarque et permet de diminuer le temps d'endormissement. Son action « longue durée » permettra un sommeil prolongé en augmentant la synthèse de la sérotonine pour favoriser un sommeil réparateur sans réveil nocturne. Les cures seront suffisamment longues, environ 3 semaines, et la plante pourra être utilisée dès l’âge de 6 ans. Votre pharmacien vous aidera à utiliser la forme et le dosage les plus aisés : en gouttes d'un extrait liquide pour un enfant ou un effet antistress, en comprimés ou gélules d'extrait pour un effet sédatif plus prononcé, ou encore en tisane, associé à d'autres plantes qui renforceront et compléteront les effets (mélisse, tilleul, houblon, aspérule, valériane, passiflore...).

         

Le griffonia

Se préoccuper de son sommeil, c'est d'abord opter pour la bonne humeur tout au long de la journée. Rien de tel pour cela que d'améliorer notre niveau de sérotonine, précurseur de notre mélatonine, elle même responsable de la synchronisation éveil/sommeil et de la phase d'endormissement au début de chaque cycle de sommeil. Aussi, il ne faudra absolument pas négliger l'action du griffonia, riche en 5-Hydroxy TriptoPhane (5-HTP), précurseur direct de la sérotonine, qui nous ralentit quand tout s'emballe et permet de mieux contrôler nos pulsions. Utilisée dans les dépressions légères à modérées, cette plante médicinale trouve sa cible avec les personnes souffrant de sommeils non réparateurs et/ou de réveils nocturnes. J'aime la conseiller sous forme de gélules d'extrait dosées entre 200 à 600 mg à prendre en deux prises vers 17 h et après le dîner (contre- indication : femmes enceintes et allaitantes et en association avec des anti-dépresseurs).

 

La valériane officinale et autres plantes médicinales

L'autre plante phare incontournable est, bien sûr, l'herbe aux chats (pour son odeur repoussante et singulière pour les hommes), ou valériane officinale. Une plante inductrice du sommeil, dont certains de ses alcaloïdes augmentent la durée du sommeil paradoxal, et la concentration de GABA (un neuromédiateur indispensable pour rester zen...). Dans quelques cas, il est possible que cette plante puisse avoir des effets excitants, provoquant palpitations et cauchemars. Il y a lieu de se rapprocher de son thérapeute pour évaluer la juste dose. Son usage sera conseillé à partir de 12 ans. En dessous de cet âge, l'usage du tilleul et de la mélisse sous forme de tisane sera privilégié, avec un nuage de lait et un   soupçon d'eau de fleur d'oranger. Chez les femmes à la ménopause, l'association avec du houblon permettra de diminuer l'irritabilité, de réguler le flux hormonal, tout en apaisant les bouffées de chaleur. L'utilisation de bourgeons de plantes sous forme de gouttes permettra d'agir favorablement sur le terrain sans utiliser des doses excessives : penser, pour ce faire, au tilleul et à l'aubépine, entre autres.

 

Ainsi, pour retrouver un sommeil de plomb réparateur et dormir comme un loir, laissez-vous glisser dans les bras réconfortants de Morphée, qui saura vous rappeler l'intérêt et l'usage des plantes médicinales et des simples !

 

Docteur Christian Rodicq

Pharmacien et phyto-aromathérapeute